Fukushima en 2026
Les avancées de la recherche en radioprotection
30/03/2026
1. En situation de crise
L’accident de Fukushima a montré la réactivité de l’IRSN qui s’est mobilisé très rapidement pour évaluer les conséquences, et notamment la contamination de l’air et de la mer, à partir des outils numériques qu’il a développés.
La comparaison entre les prévisions numériques et la situation radiologique, caractérisée a posteriori, ont mis en exergue des axes d’amélioration de ces outils.
Ainsi, un nouveau modèle a été développé en complément pour évaluer les rejets à partir de données simplifiées. Des collaborations ont été développées avec le Japon pour tenir compte de toutes les données météorologiques dans l’évaluation des dépôts (brouillard et neige) et tester différents modèles de rabattement par la pluie. Par ailleurs, pour adapter les modalités de prise répétée d’iode suite à un accident notamment présentant des rejets multiples, le programme PRIODAC soutenu par l’ANR a été lancé.
2. En phase post-accidentelle
Après la phase d’urgence, il faut gérer les territoires contaminés et l’impact qu’ils peuvent avoir sur la santé à long terme. À Fukushima, des programmes de recherche ont été lancés peu de temps après l’accident en collaboration avec les Japonais.
A - Pour l’environnement
L’accident qui a affecté la centrale de Fukushima Daiichi en mars 2011 a conduit à des rejets importants de substances radioactives, dispersées dans l’atmosphère et dans l’Océan Pacifique. Les espèces vivantes, humaines et non-humaines, des territoires proches ont été exposées plus ou moins longuement à ces substances, soit par irradiation externe, soit par contamination interne (ex. ingestion d'aliments :plantes poussant sur les sols, produits de la mer...).
L’évaluation des conséquences radiologiques et dosimétriques de cet accident a reposé sur deux approches complémentaires : la réalisation de mesures de radioactivité dans l’environnement et sur les personnes, et le recours au calcul et à la modélisation pour estimer des paramètres non accessibles par les mesures.
Bien qu’apportant déjà quantité d’informations, les modèles utilisables en 2011 et développés à la suite de l’accident de Tchernobyl présentaient des incertitudes et devaient être améliorés. Il était nécessaire par exemple d’améliorer la résolution spatio-temporelle pour déterminer les concentrations en substances radioactives dans chaque compartiment des écosystèmes exposés : faune, flore, eau, sédiments et sols. Il convenait aussi d’améliorer le traitement, par ces modèles, des flux de substances entre ces compartiments, et notamment à certaines interfaces (sol-plante ou océan-continent).
Afin de répondre à ces questions, l’IRSN a coordonné entre 2013 et 2022 le projet AMORAD, financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et rassemblant 13 organismes français et l’université de Tsukuba. Le projet couvrait par son ampleur l’essentiel des voies d’exposition possible des personnes et de l’environnement aux radionucléides : exposition externe et contamination interne par ingestion de produits alimentaires.
Son objectif principal était d’améliorer les modèles de dispersion dans les écosystèmes forestiers, dans les bassins versants et en domaine marin, des domaines peu ou pas traités suite à l’accident de Tchernobyl. Les études se sont déroulées en France, en Ukraine et au Japon, avec des sites ateliers en forêt et dans les bassins versants mis en place sur des territoires contaminés par l’accident de Fukushima. Les données acquises in situ sur ces zones ont été utilisées pour calibrer et valider différents outils de modélisation destinés à prédire le devenir ou la redistribution des radionucléides à la suite des rejets en mer ou aux sols après des retombées atmosphériques.
Des avancées notables ont été obtenues sur la modélisation :
- du transfert de la contamination par érosion des sols au sein d’un bassin versant,
- du cycle du césium et de l’iode en milieux forestiers avec leur transfert et stockage dans les arbres,
- du devenir des particules porteuses des radionucléides dans les milieux aquatiques (fleuve, mer et interface océan-continent) et
- des transferts dans les chaines trophiques marines.
En parallèle, deux autres approches ont été développées en milieu marin pour évaluer les impacts potentiels d’un rejet : un système de caractérisation de la vulnérabilité des ressources (combinant indices d’impact et agrégation multicritères), et un système exploitant les connaissances générales sur les courants marins d’une zone donnée afin d’être en mesure de fournir aussi rapidement que possible des éléments de diagnostic et de pronostic, y compris dans une optique de gestion post-accidentelle.
Pour découvrir plus en détail le projet AMORAD et ses résultats scientifiques : Le projet AMORAD
Pour découvrir les programmes de recherche qui ont démarré à la suite du projet AMORAD : Groupe thématique de recherche (GTR) Transferts
Pour découvrir les autres projets de recherche menés à la suite de l’accident de Fukushima Daichii : Les projets BEERAD et BEECONECT ; Projet TREEFROG ; Projet RINSHO
B - Pour la santé humaine
- Conséquences sanitaires chez les personnes
L’ASNR maintient une veille scientifique, en collaboration avec les organismes japonais en charge de la surveillance sanitaire des travailleurs et du public, l’Université de Médecine de Fukushima (FMU) et l’Institut National du Japon sur la Sécurité et la Santé au Travail (JNIOSH). Cette collaboration permet de synthétiser les leçons des recherches conduites en épidémiologie sur l’impact sanitaire de l’accident de Fukushima.
- Préparation de la surveillance épidémiologique après un accident nucléaire
Plusieurs groupes d’experts dans lesquels l’IRSN était impliqué (TM-NUC, SHAMISEN, CODIRPA) ont souligné l’importance d’une phase de préparation avant tout accident nucléaire, prenant en compte les spécificités de la gestion de crise et de l’organisation publique en France. Une réflexion sur la mise en place d’un dispositif opérationnel de surveillance épidémiologique destiné à évaluer les conséquences à long terme sur la santé des populations à la suite d’un accident nucléaire ou radiologique majeur est en cours à l’ASNR, en collaboration avec Santé publique France. Cette collaboration devrait déboucher sur l’élaboration d’un protocole de recherche en épidémiologie post-accidentelle.
Pour en savoir plus, lire la note d’information : Fukushima, 15 ans après : bilan de la surveillance sanitaire