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Etude de la rémanence de la radioactivité d’origine artificielle

05/06/2026
Rapport Rémanence 2026

Quarante ans après l’accident de Tchernobyl (1986) et la fin des essais atmosphériques d’armes nucléaires (de 1945 à 1980), l’ASNR a entrepris d’actualiser et de compléter les mesures environnementales faites à différentes reprises sur les zones les plus touchées par les retombées radioactives de ces évènements sur le territoire français métropolitain.

Une stratégie de prélèvements et d’analyses radiologiques basée sur les cartographies des dépôts radioactifs initiaux et sur les connaissances acquises lors d’études antérieures a été établie. Ainsi, des sites de prélèvement ont été ciblés dans les zones du pays où la rémanence des retombées des essais atmosphériques d’armes nucléaires durant la guerre froide et de l’accident de Tchernobyl est potentiellement la plus élevée. Ces Zones de rémanence élevée (ZRE) sont situées dans les Vosges, en Alsace, dans la Vallée du Rhône, le Puy-de-Dôme, l’Est de la Corse, les Alpesde- Haute-Provence et les Pyrénées-Atlantiques. Les échantillons prélevés sont des échantillons de sols, d’herbages et de denrées végétales et animales. Les radionucléides analysés dans les échantillons sont les principaux présents dans ces retombées anciennes et dont la période radioactive est suffisamment longue pour qu’ils soient encore aujourd’hui présents en quantités mesurables. Il s’agit du césium 137 présent aussi bien dans les retombées de l’accident de Tchernobyl que dans celles des essais nucléaires, ainsi que le strontium 90, des isotopes du plutonium et l’américium 241 qui proviennent uniquement de cette seconde origine. En complément de ces prélèvements, une cinquantaine de mesures in situ de l’activité massique du césium 137 dans les sols et du rayonnement gamma ambiant (débit de dose) émis par ce radionucléide présent dans les sols, ont été effectuées.

Deux études précédentes, à savoir le constat radiologique de la radioactivité d’origine artificielle (IRSN, 2016) et l’étude du bruit de fond des radionucléides artificiels dans l’environnement français métropolitain (IRSN, 2022), fournissent des éléments sur les concentrations mesurées dans ces Zones de rémanence élevée (ZRE) en comparaison avec celles mesurées ailleurs en France, et détaillent leur évolution temporelle. Par ailleurs, l’actualisation de l’évaluation des conséquences radiologiques en France de l’accident de Tchernobyl (ASNR, 2025) donne des estimations des doses efficaces moyennes dues aux retombées de l’accident pour des individus vivant sur le territoire français en 2020.
 
La présente étude confirme que dans les zones de rémanence élevée (ZRE) précédemment identifiées, les activités mesurées dans les sols, les herbages et certaines denrées, sont, encore aujourd’hui, plus élevées qu’ailleurs en France. C’est notamment le cas des activités massiques de césium 137 dans les sols. Dans les ZRE, ces activités sont souvent supérieures 10 Bq/kg sec, avec des maximales pouvant dépasser 100 Bq/kg sec, alors qu’en dehors de ces zones, les activités sont généralement inférieures à 10 Bq/kg sec. Dans le lait, les activités volumiques de césium 137 et de strontium 90 provenant des ZRE sont supérieures (facteur 10 et facteur 2 respectivement) aux activités mesurées dans le lait provenant du reste du territoire. Cette étude confirme également que cet écart entre les ZRE et le reste du territoire n’est pas perceptible dans les denrées agricoles (légumes-feuilles, pomme de terre, blé…). En effet, pour ces denrées, la forte variabilité des concentrations de césium 137 et de strontium 90, liée à la diversité des pratiques culturales, masque les différences inter-régionales dues à l’hétérogénéité des dépôts radioactifs anciens. Par ailleurs, la diminution des concentrations de césium 137 et de strontium 90, observée sur plusieurs décennies dans certaines denrées, se poursuit. Cette diminution, avec des vitesses variables, est observée pour le césium 137 dans le lait, la viande de boeuf et le vin, ainsi que pour le strontium 90 dans le lait et le fromage. Les analyses effectuées dans le cadre de la présente étude montrent que les denrées forestières échantillonnées en 2024-2025 sont de l’ordre de 100 fois supérieures à celles des denrées agricoles mais présentent une très grande variabilité, y compris à l’échelle d’une même commune. Ces activités élevées en milieu forestier s’expliquent par le transfert d’une partie de ce radionucléide du sol vers les végétaux de la forêt, puis de son retour dans la litière, à la surface du sol ainsi que par le fait que ce milieu est peu perturbé par les activités humaines, en comparaison des prairies et des cultures.
 
Certaines des données acquises dans le cadre de la l’étude de la rémanence de 2026 ont également permis de confirmer ou de compléter les estimations d’exposition de la population en lien avec la rémanence de la radioactivité artificielle faites dans les trois études précitées1.
 
Ainsi et bien que la réévaluation des doses reçues par ingestion n’était pas l’objectif de la présente étude, les résultats acquis dans ce cadre sont tout à fait concordants avec ceux sur la base desquelles les doses ont été estimées en 2022. Ils confirment la dose moyenne par ingestion de 3,3 μSv/an estimée pour des adultes qui résident en ZRE, hors consommation de champignons sauvages et de gibiers. La consommation des produits de la forêt (gibier et champignons) est à l’origine d’une dose interne variable selon les habitudes de consommation, comprise entre 1 et 24 μSv/an, qui s’ajoute à la dose annuelle liée à l’ingestion des autres denrées des zones de rémanence élevée.
 
Enfin, les résultats des mesures de débit dose gamma ambiant dû au césium 137 présent dans les sols, effectuées dans le cadre de cette étude, permettent d’estimer les doses efficaces externes annuelles. Ces mesures présentent notamment l’intérêt d’avoir été réalisées dans certaines parties du territoire plus fortement touchées par les retombées anciennes et qui n’avaient jamais fait l’objet de mesures de ce type auparavant. Pour les personnes qui résideraient en milieu rural sur des zones parmi les plus touchées du territoire et passeraient en moyenne 8 heures par jour à l’extérieur, du fait de leur travail par exemple, les doses efficaces externes sont estimées entre 10 et 36 μSv/an.

(1) le constat radiologique de la radioactivité d’origine artificielle (IRSN, 2016), l’étude du bruit de fond des radionucléides artificiels dans l’environnement français métropolitain (IRSN, 2022) et l’actualisation de l’évaluation des conséquences radiologiques en France de l’accident de Tchernobyl (ASNR, 2025).